Chine : quelle gestion de la crise COVID-19 par les entreprises nationales et étrangères ?

Photo Joel Gosset

Le 1er décembre 2020. International SOS vous propose un regard comparé sur la gestion de la crise COVID-19 et ses impacts sur la résilience des entreprises dans le monde. La Chine a constitué l’épicentre de l’épidémie depuis le marché de la ville de Wuhan. Retrouvez le témoignage de  Joel Gosset, Directeur Général Chine pour International SOS basé à Pékin.

 

Qu’en est-il de la situation sanitaire et de l'activité des entreprises chinoises sur le marché intérieur comme à l’étranger ?

covid-19 bureau masque

En Chine, nous vivons à nouveau normalement depuis plusieurs mois : les derniers confinements importants remontent au mois d’avril, quelques dizaines de cas importés actifs mais on ne note pas de contagion communautaire. La Chine démontre un refus catégorique de tout cas importé, même chinois. Cela s’illustre notamment par un système de points mis en place pour les compagnies aériennes sur la base de bonus ou malus en fonction de ces cas. Lorsqu’une contagion démarre suite à un ou plusieurs cas importés, la réaction du gouvernement est très rapide, avec le test de parfois plusieurs millions d’habitants d’une ville en quelques jours, permettant ainsi d’endiguer les résurgences. A l’intérieur de la bulle chinoise, les entreprises semblent fonctionner normalement. En pleine pandémie, elles ont bénéficié de nombreuses aides sociales de la part de l’Etat Chinois. Les déplacements nationaux ont repris à plein, il suffit essentiellement de circuler avec un masque et de présenter sur demande via son smartphone son « Health Kit ».

A l’extérieur, la Chine a gelé pendant plusieurs mois ses rotations de personnel notamment vers les régions où elle s’approvisionne en ressources naturelles telles que l’Afrique, le Moyen Orient. Il est capital pour le pays de maintenir son secteur extractif afin de s’approvisionner en pétrole, gaz ainsi que tous les métaux rentrant dans la composition des batteries et smartphones. Depuis cet été, des charters ont été mis en place afin de reprendre les rotations et organiser la relève.

Quel est le positionnement de la Chine vis-à-vis des entreprises occidentales sur son sol ?

covid-19 aeroport

Avant l’été, la bulle était hermétique et il était impossible pour les étrangers de revenir, les visas étaient suspendus. Progressivement au cours de l’été, la chine a émis un critère d’essentialité afin de permettre le retour des profils jugés essentiels, par exemple pour l’installation de machines. A ce critère s’ajoutait aussi celui du paiement d’une taxe d’entreprise à l’Etat Chinois. Ce dernier a fortement favorisé les grandes entreprises qui ont pu faire revenir énormément de personnel au cours de l’été, et à défaut des plus petites.  

Mi-septembre, il était à nouveau possible de revenir en Chine avec un visa valide. Cependant, peu de vols sont disponibles comme l'indique notre Score d'Impact COVID-19, le prix des billets est très élevé et une quatorzaine d’Etat est imposée. En raison de cette complexité, de nombreuses familles ont été séparées depuis le début de la crise. Cela a notamment fait naitre d’importants besoins en soutien émotionnel. Il y a quelques semaines, la Chine a refermé à nouveau ses frontières aux étrangers provenant de pays où la situation épidémique est jugée hors de contrôle (de nombreux pays européens notamment). La Chine durcit fortement les conditions de retour pour ceux qui peuvent encore entrer sur le territoire (double test PCR+iGm validé par l’ambassade de Chine moins de 48h avant le départ ; interdiction de vols transit depuis certains pays de départ ; double test PCR+iGm dans le pays de transit lorsqu’il est autorisé) .

Peut-on dire que la gestion de la crise en Asie a éclairé le reste du monde ?

covid temperature

La gestion de crise a été assez efficace dans de nombreux pays d’Asie y compris la Chine. La culture du masque est très intégrée depuis de nombreuses années. Il y a également eu une réaction forte et rapide avec des mesures d’isolement voire de confinement sur les foyers, que ce soit à l’échelle d’un immeuble, d’un quartier ou d’une ville. A cela s’est également ajouté une politique de test systématique et rapide. Au mois de juin, l’intégralité de la population de Wuhan a été testée. Quand de nouvelles vagues se sont manifestées, comme à Pékin, la moitié de la population a été testée en quatre jours. Plus récemment, des mesures similaires ont été prises à Shanghai et à Tianjin.

Enfin, une application « Health Kit » a été implémentée mi-février. En très peu de temps, près de 900 millions de Chinois l’ont téléchargée. Ce code de santé numérique, utilisant les plateformes Wechat ou Alipay principalement, était en effet indispensable pour pouvoir accéder à son immeuble, à son bureau, prendre le métro… Le recours au Health Kit, systématique jusqu’en septembre, s’est progressivement allégé depuis mais reste nécessaire pour les déplacements entre les provinces, en avion ou en train, et pour l’entrée dans de nombreux espaces publics.

Concernant les vaccins COVID-19, la Chine a été l’un des premiers pays à communiquer sur ses vaccins en phase III. Avec quelques semaines d’avance sur les autres pays, elle a déjà inoculé l’un de ses vaccins expérimentaux à plus d’un million de chinois – plusieurs villes sont déjà dans des phases de vaccination à grande échelle des populations vulnérables (seniors, personnel soignants, etc.). La stratégie vaccinale est largement utilisée par les entreprises d’Etat dans le cadre de leur redéploiement à l’étranger. Elle fait partie du retour à la normale de la Chine et des entreprises. En revanche au niveau mondial, l’achat du vaccin chinois semble être écarté en Europe au profit de vaccins issus de laboratoires européens et américains.

En matière de sûreté, quelles sont les préoccupations dominantes dans l’esprit du peuple chinois ?

covid-19 people in street

Situation à Hong Kong, souveraineté de la Chine sur Taiwan et la mer de Chine du sud, sanctions américaines imposées à Huawei et d’autres entreprises chinoises, frontière indienne, Xinjiang, presque tous les sujets, à l’exception du Tibet, sortent en même temps en surface de la guerre commerciale. De nombreuses sources de tensions diplomatiques, mais qui sont probablement de nature à favoriser le sentiment national, le développement du marché intérieur plutôt que les exportations et les relations avec les voisins immédiats d’Asie plutôt qu’avec l’Europe et les Etats Unis. Aucune indication par ailleurs que le résultat de l’élection américaine amène une détente à court terme. En revanche, nous n’identifions pas de problème de sûreté interne.

 

En complément, accédez également à notre analyse de la situation des entreprises aux Etats-Unis